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Old June 10th, 2010 #1
alex revision
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Default Vincent Reynouard : Le drame d’Oradour-sur-Glane - résumé de la thèse révisionniste

Le drame d’Oradour-sur-Glane

Résumé de la thèse révisionniste

Vincent REYNOUARD


Un questionnement naturel et conforme à l’idée de Justice

Avant de commencer, je demande au lecteur de réfléchir : quelle serait sa réaction si on l’accusait faussement d’avoir volé ne serait-ce qu’un pain dans une boulangerie ? Subirait-il passivement cette calomnie ? Non, il crierait au mensonge et trouverait tout naturel que des gens enquêtent pour vérifier la pertinence de l’accusation.

A Oradour-sur-Glane, on n’accuse pas des gens d’avoir volé un, dix ou même cent pains. On les accuse d’avoir froidement perpétré 642 abominables crimes, dont 500 environ contre des femmes, des enfants et des nourrissons sans défense. C’est extrêmement grave. Dès lors, il est tout naturel, si un doute s’élève, d’aller enquêter sur place afin de vérifier ce que l’on croyait acquis.


Pour un retour à des méthodes d’enquête traditionnelles

Des travaux tendancieux

Je ne suis pas historien. J’ai une formation d’ingénieur chimiste et de professeur de sciences. Voilà pourquoi je n’ai pas pris le problème d’Oradour comme on le fait habituellement. Très souvent, en effet, les auteurs commencent par nous parler de la Waffen SS, des théories allemande de la guerre totale, des « crimes des SS » en URSS, en Tchécoslovaquie et ailleurs, de l’occupation allemande en France et de l’activité générale des Waffen SS dans la lutte contre la Résistance. Le massacre en lui-même ne vient qu’après.

Cette présentation est tendancieuse, car elle consiste à présenter d’emblée le drame du 10 juin comme la suite logique d’une politique meurtrière mise en place à l’Est. Le message implicite est le suivant : « Voyez les exactions que les Waffen SS perpétraient depuis trois ans à l’Est ; Oradour s’inscrit dans le cadre de cette politique, même si en France elle a été moins fortement appliquée ». Dès lors, l’auteur ne se préoccupe pas vraiment de re-vérifier le massacre d’Oradour ; pour lui, il est évident que les Waffen SS sont coupables. Par conséquent, il ne fait que répéter la thèse officielle véhiculée depuis 1945.


Ma méthode d’étude ; vérifier la matérialité des faits

De mon côté, j’ai adopté une méthode d’enquête traditionnelle ; celle que les inspecteurs utilisent dans des affaires criminelles. J’ai commencé par étudier la matérialité des faits, sans me soucier ni du contexte, ni des assassins présumés. Oubliant tout ce que j’avais appris sur le drame, je me suis rendu à l’endroit de la tragédie (dans les ruines conservées) et j’ai étudié toutes les photographies d’époque que j’ai pu découvrir. Mon objectif était :

1°) de dresser un état des lieux après le drame ;

2°) d’étudier l’état des cadavres retrouvés.

Ces éléments devaient me permettre de formuler des premières hypothèses concernant les faits qui étaient survenus ce 10 juin tragique. Ensuite, et seulement ensuite, je m’intéresserais aux témoignages.

Étude matérielle du massacre d’Oradour

L’état des cadavres

L’examen des cadavres me permit de constater des différences substantielles entre ceux des hommes et ceux des femmes et des enfants.


Cadavre des hommes

Les premiers étaient entiers (à l’exception parfois des extrémités comme les mains) mais complètement carbonisés. En particulier :

a) ils n’étaient plus identifiables : les traits du visage et leurs cheveux avaient complètement disparus) et
b) leurs vêtements s’étaient totalement consumés.

Ils ressemblaient à des statues de bronze, ce qui est typique des victimes d’incendies prolongés.


Cadavres des femmes et des enfants

Les deuxièmes offraient un aspect très différent : ils étaient déchiquetés mais beaucoup conservaient et leurs vêtements, et les traits de leur visage (quand la tête était encore là), même s’ils étaient parfois brûlés en surface. Dans leur cas, il fallait plutôt parler de débris humains : un torse, un bassin et deux jambes, un bras, une main, une tête…

Pour les femmes et les enfants, les clichés évoquaient de façon frappante des victimes d’explosions (attentat, bombardement ou accident).


Les ruines de l’église


L’examen des ruines de l’église confirma ces premières conclusions.


L’aspect extérieur

L’aspect extérieur du bâtiment rappelait ces églises ou ces cathédrales victimes de bombardements : les toitures avaient complètement disparu, soufflées par les explosions, et de nombreuses ouvertures (notamment celles du clocher) ne présentaient aucune trace de suie. Un incendie, quant à lui, laisse subsister une partie des grosses poutres, et s’il est assez puissant pour toutes les consumer, on doit alors retrouver de très nombreuses traces de suies au niveau des ouvertures.


L’aspect intérieur


A l’intérieur, quatre éléments contredisaient la thèse du violent incendie :

1°) la fine sphère en laiton qui se trouvait sous la croix faîtière (la croix installée au haut du clocher) n’avait pas fondue. Or, si, comme l’affirme la thèse officielle, le clocher avait brûlé provoquant l’effondrement de la toiture, cette sphère prise dans les flammes aurait dû fondre. Sachant qu’elle était intacte mais cabossée, on en déduisait qu’elle avait dû être éjectée au loin ;

2°) les deux cloches n’avaient que partiellement fondu. Des parties de leur base étaient intactes au point qu’on pouvait encore lire les inscriptions et voir les décorations gravées dessus. Or, en cas d’incendie violent et prolongé du clocher, elles auraient dû être réduites à l’état de masse informe de bronze. Cette fusion partielle démontrait que le phénomène destructeur avait été très violent et très bref, ce qui avait empêché la chaleur de diffuser à l’intérieur du métal ;

3°) au sol, dans les chapelles latérales, des objets en bois avaient été préservés. Notamment :

a) à droite en entrant, dans la chapelle St-Joseph, un autel en bois ;

b) à gauche, dans la chapelle de la Vierge, le confessionnal en bois léger (quelque millimètres d’épaisseur).

A supposer qu’un incendie violent et prolongé se soit développé dans l’église, brûlant plus de 500 femmes et enfants, le rayonnement thermique aurait suffi à consumer ces deux objets ;

4°) Sur l’autel de la Vierge, des fleurs en tissus avaient été découvertes peu après la tragédie, que l’on pouvait encore voir dans la crypte du souvenir. D’après le témoignages de Pierre Poitevin, qui avait pénétré dans l’église quelques heures après le drame, des draperies étaient encore visibles sur cet autel. Comment croire que ces objets aient pu résister à un incendie violent, prolongé et généralisé ?


Premières hypothèses

Toutes ces constatations permirent de conclure que le phénomène destructeur avait été très violent (toitures soufflées, croix faîtière éjectée, édifice ébranlé…) mais bref (fusion partielle des cloches, préservation d’objets en bois et un tissu).


D’où la thèse d’une ou plusieurs explosions qui se confirmait.


Confirmation par les témoignages

L’ « unique rescapée de l’église » est un faux témoin évident

Une fois ce travail effectué, je commençai l’étude des témoignages. Le premier sur lequel je portai mon attention fut celui de Marguerite Rouffanche, présentée comme l’unique rescapée du drame de l’église. Très vite, je m’aperçus qu’elle avait fourni non pas un mais plusieurs récits, entre 1944 et 1947, auxquels il fallait ajouter sa déposition devant le Tribunal militaire permanent de Bordeaux en 1953. L’étude et la comparaison de ces témoignages me convainquit rapidement que Mme Rouffanche était un témoin suborné qui racontait n’importe quoi. En particulier :


Une « caisse » qui s’enflamme sans flamme et qui explose sans exploser

- Interrogée une première fois en juin 1944 par le Résistant Pierre Poitevin, elle prétendit que les Waffen SS avaient emmené dans l’église une « caisse » fumigène, précisant : « personne n’osa s’en approcher, mais elle n’explosa pas »[1].

- Or, le 30 novembre 1944, dans une autre déposition, elle affirma : « le feu fut communiqué à l’engin dans lequel une forte explosion se produisit »[2].

- En 1947, enfin, devant la Commission d’instruction du Tribunal militaire de Bordeaux, elle dit : « La caisse qui a été emportée dans l’église a dégagé une fumée épaisse et asphyxiante, sans dégager aucune flamme »[3].

Il fallait donc croire que cette mystérieuse « caisse » avait été enflammée sans dégager aucune flamme, et qu’elle avait était le siège d’une « forte explosion » sans avoir explosé.


Un saut impossible

Mme Rouffanche prétendait en outre avoir échappé aux flammes au passant à travers un vitrail. Elle aurait effectué un saut de près de 4 mètres, avant de rouler le long d’une pente de 4,5 m et de s’arrêter miraculeusement sur une corniche sans parapet d’un peu plus d’un mètre de large ; ce qui lui aurait évité de tomber 2,5 m plus bas, sur la route où un Waffen SS était posté. Le tout sans se blesser, alors qu’elle était âgée de 47 ans au moment des faits. S’étant relevée, elle aurait été mitraillée par le Waffen SS posté plus bas, mais elle serait tout de même parvenue à lui échapper en courant avec 5 balles dans la jambe.

Ces récits non seulement contradictoires mais aussi délirants suffirent à me convaincre que Mme Rouffanche mentait.


Des témoignages qui confirment mes premières hypothèses

Le récit de Mme Lang et le compte rendu de M. Pallier

Ce fait acquis, je m’intéressai aux autres témoignages. Dans la littérature officielle, qui véhiculait la thèse de l’incendie mis par les Waffen SS, on retrouvait toujours les mêmes, émanant des principaux rescapés (notamment les six hommes qui échappèrent à la fusillade dans la grange Laudy). Un retint plus particulièrement mon attention. Il émanait d’une femme, Mme Lang, qui, le 10 juin tragique, s’était cachée dans sa maison. Interrogée, elle avait déclaré : « Un bruit épouvantable éclate dans la direction de l’église qui était à quelques dizaines de mètres de nous. Détonations sur détonations se succèdent, suivies d’une immense clameur et de cris effrayants. Les mitrailleuses crépitent » (voir document). De son côté, un ingénieur de la SNCF, M. Pallier, qui pénétra dans l’église le 11 juin, écrivit : « Il ne semble pas que les femmes et les enfants aient subi le même sort [que les hommes] puisque l’on a retrouvé dans l’église des corps que la mort a surpris dans une attitude normale »[4].

Ce récit et ce compte rendu venaient confirmer mes premières conclusions issues de mon étude matérielle : l’église avait été ébranlée par des explosions soudaines qui avaient probablement tué les femmes et les enfants (d’où les « cris effrayants » entendus par Mme Lang et les morts « surpris dans une attitude normale » vus par M. Pallier).


Les précisions capitales de MM. Renaud et Beaubreuil

Par la suite, des rescapés rencontrés et des documents non publiés consultés dans des archives vinrent conforter cette analyse.

- M. Aimé Renaud que je rencontrai en août 1990 me raconta que, caché dans son jardin le 10 juin tragique, il avait vu le clocher ébranlé par une explosion si forte que le toit avait été emporté et que l’onde de choc l’avait frappé.

- De son côté, M. Beaubreuil me confirma que toutes les mitraillades dans le bourg avaient commencé après qu’il eut entendu une énorme explosion sur la place de l’église ; son témoignage était d’autant plus important que le jour de drame, il s’était caché chez sa tante qui habitait sur la place de l’église.

En 2001, ces deux personnes ont nié m’avoir rencontré. Elles mentaient. Je les ai rencontrées et j’ai noté le résumé de nos entretiens dans un petit cahier rouge, avec la date et d’autres détails que je n’ai pas pu inventer. Celui-ci a été confisqué par la justice ; qu’elle le rende public, on verra bien qui ment.


Les témoignages entendus au procès de Bordeaux

Mais qu’importe. Grâce à un avocat au procès de Bordeaux, j’ai pu consulter les sténotypies prises lors des audiences. A ma grande surprise, j’ai constaté que non seulement les accusés (Fernand Giedinger, Henri Weber…), mais aussi des témoins à charge (c’est-à-dire des rescapés) ont confirmé que l’église avait explosé.

Mme Renaud, par exemple, a déclaré : « Il y a eu une grande détonation à l’église » et son mari (Aimé, que j’ai rencontré en 1990) a clairement dit : « La seule plainte que j’ai entendue c’est quand l’église a sauté »[5].

Ajoutons à cela les dépositions de personnes qui ont pénétré dans l’église peu après la tragédie. Parmi elles figure M. Petit. A Bordeaux, il lança : « C’était une horreur gigantesque. Il n’y avait pas un corps intact. Certains étaient coupés en deux » (Ibid., p. 80).


Une confirmation des mes hypothèses

Tous ces témoignages venaient confirmer que l’église avait été secouée par plusieurs grosses détonations, dont une, au moins, avait eu pour épicentre le clocher. Outre les destructions matérielles visibles dans l’édifice, ces détonations avaient provoqué :

a) la mort de nombreuses femmes et enfants (d’où les cadavres déchiquetés) ;

b) les fusillades des hommes dans le bourg.


Les Waffen SS ont-il fait exploser l’église ?

La thèse officielle

Les Waffen SS pouvaient-ils être rendus responsables de ces explosions ? C’est ce qu’affirme la thèse officielle. Mais ses tenants savent que la mystérieuse « caisse » de Mme Rouffanche ne saurait expliquer ni l’explosion dans le clocher (puisque l’engin aurait été mis loin, dans le chœur), ni les dégâts constatés dans le sanctuaire. Voilà pourquoi ils ont bâti une histoire selon laquelle les Waffen SS auraient tout d’abord voulu faire sauter l’église pour tuer d’un seul coup toutes les femmes et les enfants qui s’y trouvaient. Mais la tentative aurait échoué (elle aurait fait « plus de bruit que de dégâts » et seul un Waffen SS, Gnug, aurait été blessé par une pierre tombée du clocher), si bien que les « bourreaux » auraient dû improviser : ils auraient alors fabriqué une caisse asphyxiante qu’ils auraient mise à feu dans le chœur de l’église. Mais là encore, la tentative aurait échoué parce que l’explosion aurait soufflé les vitraux, permettant à la fumée de s’échapper. En désespoir de cause, ils auraient donc pénétré dans le sanctuaire pour mitrailler tout le monde[6].


Une thèse absurde et contredite

Cette thèse est déjà absurde en elle-même. Car quand on veut tuer des femmes et des enfants, on ne cherche pas à les ensevelir sous une église fortifiée. On les mitraille, par petits groupes.

Mais il y a plus : si la thèse officielle est vraie, les femmes et les enfants parqués dans l’église auraient dû entendre une explosion avant l’arrivée de la « caisse », explosion correspondant à la tentative de faire sauter l’édifice. Or, dans aucun de ses témoignages de 1944, Mme Rouffanche n’a parlé d’une détonation qui aurait retenti pendant l’attente. Bien plus, interrogée en 1947, elle déclara : « Pendant le temps que je suis restée dans l’église, je n’ai vu ni entendu aucune explosion. »[7]. C’était la preuve que cette histoire rocambolesque de tentative de destruction de l’édifice n’avait pas un commencement de réalité.

Dès lors, la conclusion s’imposait, nette : ces mystérieuses explosions, dont l’une s’était produite dans le clocher, n’avaient pas été dues aux Waffen SS. Elles avaient une autre origine. Une origine que, manifestement, les tenants de la thèse officielle voulaient cacher au public, puisque dès 1944, ils avaient échafaudé une version mensongère des faits.


Oradour : base arrière du maquis

La thèse officielle

L’hypothèse la plus vraisemblable était celle d’un dépôt clandestin de minutions qui aurait été aménagé sous les combles de l’église et qui aurait explosé ce 10 juin tragique pour des raisons à déterminer. Sans surprise, elle s’opposait à la thèse officielle selon laquelle Oradour était un village parfaitement tranquille, situé dans une région exempte de toute activité maquisarde. Mais n’avait-on pas précisément échafaudé une thèse mensongère pour que personne n’ait l’idée de s’interroger sur les causes réelles de la destruction de l’église ? Car comment croire qu’en plein Limousin infesté par les maquis communistes, une grosse bourgade située loin des axes routiers n’ait pas servi de base arrière à la Résistance ? Enfin, signalons que de nombreux cas connus en France et en Belgique confirment l’utilisation par la Résistance des combles des églises pour cacher de gros dépôts de munitions.


Mes découvertes contredisent la thèse officielle

Des autochtones dans la Résistance

Les recherches que j’entrepris dans les années 90 pour éclaircir ce point donnèrent rapidement des résultats. Les révélations de certains rescapés établirent l’existence de liens entre certains habitants du village et la Résistance. Voici quelques exemples :

- Maurice Beaubreuil était membre d’un maquis ;


- son ami Mathieu Borie appartenait aux FTPF (Résistance communiste) ;


- Paul Doutre était un « membre supplétif du maquis » ;


- M. Dupic appartenait à l’Armée secrète (Résistance de droite) ;


- Paul Doire, il ravitaillait les maquis des environs en pain[8].


Des réfugiés antifascistes à Oradour

Bien plus : le dépouillement d’archives de la Haute-Vienne me permit de découvrir non seulement que des maquisards agissaient régulièrement à Oradour (volant des cigarettes, de l’essence etc.[9]) mais aussi que le bourg abritait un Groupement de Travailleurs Étrangers (le 643ème GTE). Celui-ci était composé en majorité d’Espagnols anti-franquistes réfugiés en France depuis 1936. Or, comme par hasard, beaucoup de ces travailleurs avaient déserté à partir de 1943, c’est-à-dire au moment où les rangs des maquis grossissaient, alors que leur famille restait à Oradour[10]. De façon évidente, ces GTE composés d’antifascistes notoires avaient constitué des réservoirs humains pour les maquis. C’est probablement pour cette raison que la présence d’un d’entre eux à Oradour avait été soigneusement cachée.


Un témoin capital : Len Cotton

En 1996, enfin, je découvris l’existence d’un ancien aviateur de la RAF, Len Cotton, dont l’avion avait été descendu fin 1942 et s’était écrasé dans la région de Confolens. Dans un témoignage écrit, il me révéla que lui et ses coéquipiers avaient été pris en charge par la Résistance pour qu’ils échappent aux Allemands. Ils avaient cachés trois jours à… Oradour-sur-Glane, dans la sacristie de l’église (car le prêtre était de la partie) et nourris par la fille de Mme Rouffanche qui appartenait à la Résistance sous le pseudonyme de « Danielle »[11]. Joint par téléphone, il me déclara qu’Oradour était un « grand centre de la résistance ». Ce témoignage, je l’ai publié il y a sept ans et jamais les tenants de la thèse officielle ne m’ont répondu, parce qu’ils n’ont rien à répondre.

Cette dernière découverte, notons-le en passant, expliquait pourquoi Pierre Poitevin s’était adressé à Mme Rouffanche pour qu’elle devienne le témoin manipulé par la Résistance et pourquoi celle-ci avait tout de suite accepté. En racontant son histoire rocambolesque de « caisse » et de saut périlleux pour accuser les Waffen SS et, ainsi, dégager la responsabilité du maquis dans la tragédie, Mme Rouffanche ne faisait que continuer le combat de sa fille.


La thèse officielle s’effondre

Quoi qu’il en soit, la thèse du village parfaitement tranquille s’effondrait. A ce moment, il ne restait rien, ou presque, de l’histoire officielle selon laquelle :

a) Oradour était une paisible bourgade sans maquis ;

b) l’église avait été incendiée par les Waffen SS.

Au contraire, on pouvait affirmer qu’Oradour était un foyer de Résistance (ce qu’ont toujours dit les Allemands) et que l’église avait le siège de plusieurs explosions causées par l’éclatement d’un dépôt clandestin de munitions.


La vérité sur les événements du 10 juin à Oradour

La version allemande

Ces conclusions étaient d’autant plus importantes que dès 1944, les Allemands (et plus particulièrement les Waffen SS) avaient toujours nié être allés à Oradour pour exterminer un village afin de terroriser les populations françaises. Leur version était la suivante : le 10 juin 1944, 120 à 150 Waffen SS de la division Das Reich avaient investi le bourg d'Oradour-sur-Glane afin de rechercher un gradé allemand, H. Kämpfe, enlevé la veille dans la région par des maquisards de Jean Canou. Une rapide enquête leur avait permis de conclure que selon toute vraisemblance, le disparu était retenu à Oradour, alors haut lieu de la Résistance dans le Limousin.

Agissant selon une procédure habituelle, les soldats avaient séparé les hommes des femmes et des enfants. Ce dernier groupe avait été parqué dans l'église afin d’y être mis en sécurité. Puis les hommes avaient été emmenés, par groupes, dans des granges afin d'y être plus facilement gardés par quelques sentinelles pendant que les Waffen SS procédaient à des perquisitions dans les habitations. Alors que les recherches se déroulaient — permettant la saisie de nombreuses armes et munitions — une énorme explosion avait secoué l'église, déchiquetant les femmes et les enfants qui se trouvaient dans la nef. Pris dans cet engrenage infernal, les Waffen SS avaient mitraillé les hommes avant de se ruer à l’église[12].


La version française se heurte à de multiples contradictions

Les Français ayant réussi à imposer leur thèse du village tranquille, la version allemande avait toujours été repoussée d’un revers de la manche. On y voyait une pitoyable tentative de s’innocenter ou, au moins, de se justifier.


Les SS n’auraient jamais dû chercher à se justifier

Toutefois, personne ne semblait s’apercevoir que si, vraiment, les Waffen SS « criminels » avaient agi selon ce qui était devenu pour eux une habitude, avec la ferme intention d’épouvanter les populations, ils n’auraient pas cherché des excuses après le drame. Bien au contraire, ils auraient revendiqué bien haut leur geste et ils auraient même recommencé pour démontrer qu’ils ne plaisantaient pas. La France aurait alors connu non pas un Oradour, ni deux ou trois, mais dix, vingt voire cinquante.


Les Waffen SS n’auraient pas perdu leur temps

De plus, personne ne conteste qu’à Oradour, les Waffen SS ont séparé les hommes des femmes et des enfants, qu’ils ont ensuite demandé des otages au maire (car ils voulaient tenter de négocier un échange avec la Résistance) et qu’ils ont finalement procédé à des perquisitions dans toutes les maisons. Pourquoi auraient-ils perdu tout ce temps — alors qu’ils remontaient au plus vite vers la Normandie — s’ils étaient venus exprès pour massacrer la population ? On nous répond parfois que « cela faisait partie de la mise en scène ». Mais pourquoi cette mise en scène, puisque les gens étaient en leur pouvoir et qu’il ne devait rester aucun témoin ? C’est se moquer du monde !


Les Waffen SS aurait agi la veille à Tulle

Enfin, si les Waffen SS avaient vraiment voulu exercer des représailles sanglantes et semer la terreur suite à des actions de la Résistance, ils auraient massacré des femmes et des enfants la veille, à Tulle, où une quarantaine de soldats allemands avaient été retrouvés tués et atrocement mutilés par des maquisards. C’était pour eux l’occasion rêvée, car là, ils avaient des cadavres de camarades à exhiber pour justifier leur geste. Or, dans cette ville, et conformément à leur habitude, ils ne s’en sont pris qu’aux hommes, pendant 99 d’entre eux (sur les 1 200 qu’ils avaient d’abord arrêtés ; Ibid., pp. 429-430).

Le fait qu’à Oradour, les Waffen SS aient commencé par séparer les hommes des femmes et des enfants confirme la thèse selon laquelle ils ne voulaient pas massacrer la population du bourg.


Ce que l’on sait, ce qui reste à découvrir

Ce que l’on sait

Voilà pourquoi aujourd’hui, je maintiens qu’Oradour est une action policière qui a mal tourné. Lorsque les Waffen SS investirent le village, leur mission était de retrouver H. Kämpfe, de prendre des otages parmi les maquisards (pour négocier un échange en cas en cas d’échec) et de détruire le PC du maquis. Les femmes et les enfants ont été séparés des hommes et enfermés dans l’église pour le temps de l’opération. L’erreur du commandement allemand fut de ne pas avoir fouillé préalablement le lieu saint.


Ce qui reste à découvrir

Pourquoi le dépôt de munitions a-t-il sauté, provoquant un drame sans nom ? Tant que les bouches seront fermées et que les archives seront inaccessibles (elle le seront jusqu’en 2053), nous en serons réduits aux hypothèse. Celle qui m’apparaît la plus plausible est la suivante : lorsque les Waffen SS investirent le bourg, des maquisards se réfugièrent dans l’église, sous les combles, là où il y avait des armes et des munitions. Après que les femmes et les enfants aient été parqués dans le lieu saint, ils ont été découverts (tentative de fuite ratée ? manque de discrétion ? dénonciation ?). Les Waffen SS tentèrent de les déloger, et c’est au cours de la bagarre que le dépôt sauta (balle perdue ou erreur de manipulation d’un maquisard).

Toutes les femmes et les enfants périrent-ils dans la catastrophe ? C’est difficile à croire, car les explosions, nous l’avons vu, préservèrent les chapelles latérales où l’on a retrouvé des objets en bois et des draperies. Les personnes qui s’y trouvaient ont donc du survivre. En 1963, un militaire allemand, Eberhard Matthes, visita Oradour en uniforme. Dans une déclaration sous serment faite par la suite, il dit avoir rencontré deux femmes qui se présentèrent comme des rescapées de l’église. Elles lui racontèrent que des Waffen SS avaient effectivement extrait « plusieurs femmes et enfants de la fournaise »[13].


L’unique réponse des tenants de la thèse officielle : la censure brutale

J’acceptais d’avance le débat

Telle est ma thèse sur le drame d’Oradour. Cette une thèse, je l’ai exposée dans un livre de près de 450 pages publié en Belgique en 1997 et intitulé : Le massacre d’Oradour : un demi-siècle de mise en scène. Dans l’avertissement, j’écrivais : « Si, demain, certains détracteurs nous convient à un débat honnête, nous nous empresserons de répondre favorablement » (p. 20). D’avance, donc, j’acceptais le débat.


Les tenants de la thèse officielle refusent et m’injurient…

Si les tenants de la thèse officielle avaient été surs d’eux, ils auraient dû s’empresser d’organiser une confrontation publique pour me ridiculiser. C’eut été, pour eux, le meilleur moyen de contrer mon livre.

Or, de façon extrêmement révélatrice, ils n’ont pas agi ainsi. A la discussion loyale, ils ont préféré l’injure et la censure brutale. Mon livre parut en juin 1997, alors que je venais d’être révoqué de l’Éducation nationale (pour révisionnisme). Immédiatement, une intense campagne de presse commença dans le Limousin durant laquelle je fus copieusement insulté, traîné dans la boue, traité de menteur, de falsificateur etc. Naturellement, jamais je ne fus interrogé par un quelconque journaliste et jamais mes droits de réponse ne furent publiés. Seuls mes adversaires pouvaient parler.


… et se réfugient dans les jupes des autorités

Septembre 1997 : mon livre est interdit en France

Parallèlement, les autorités du Limousin agirent pour que mon livre soit interdit au plus vite. Sans surprise, elles obtinrent gain de cause : dès septembre 1997, un arrêté ministériel (signé par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement), interdit la diffusion et la circulation de mon livre sur tout le territoire national.


Février 2001 : ma cassette est interdite en Haute-Vienne

En 1998-1999, une équipe travailla à l’élaboration d’une cassette vidéo qui voulait résumer mon livre et encourager les gens à l’acheter. Ce film parut fin 2000 et la diffusion réelle commença en janvier 2001. Là encore, la réaction des autorités ne se fit point attendre. Dès le 8 février 2001, le préfet de la Haute-Vienne publia un arrêté qui interdisait ma cassette vidéo dans tout le département.


La « Justice » emploie les grands moyens

Dans la foulée, les tenants de la thèse officielle se démenèrent pour que des poursuites soient engagées contre moi pour « négation de crime de guerre ». Mais aucune loi ne réprimant, en France, une telle négation, les autorités opérèrent un virage à 180 degrés et déposèrent plainte pour « apologie de crime de guerre ». Comme si l’on pouvait faire l’apologie de ce que l’on nie !

Comme on pouvait s’y attendre, une instruction fut ouverte. Les autorités employèrent les grands moyens : le 16 mai 2001, alors que j’étais absent de mon domicile bruxellois, des policiers belges, agissant sur commission rogatoire française, perquisitionnèrent mon bureau et saisirent une soixantaine de cartons de livres, papiers et archives diverses. Dans le même temps, des perquisitions étaient organisées à Anvers, aux ateliers et au domicile de mon éditeur.

Des bons de commande pour la cassette vidéo ayant été envoyés anonymement à des personnalités du Limousin, la justice — qui n’a rien d’autre à faire — fit procéder à des analyses d’écriture (les adresses écrites sur les enveloppes) et à des analyse ADN (les timbres ayant été léchés) afin de retrouver le ou les auteurs. L’auteur fut effectivement retrouvé ; il s’agissait d’un de mes amis, un limougeaud septuagénaire qui avait cru bien faire.

En juin 2001, le juge d’instruction qui s’occupait de l’affaire, Christine Fourel, me plaça sous contrôle judiciaire. Elle saisit mon passeport, m’interdit de séjour en Haute-Vienne et m’obligea à prévenir la Justice si je partais plus de trois jours de chez moi.


Septembre 2001 : ma cassette est interdite en France

Le 27 septembre 2001, soit quatre ans après l’interdiction de mon livre, le ministre de l’Intérieur signa un arrêté qui interdisait ma cassette sur tout le territoire national. Pour ce faire, il s’appuya sur une loi du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs »[14] !


Procès et condamnations

Pendant ce temps, l’instruction continuait. Elle dura deux ans et s’acheva par mon renvoi devant le tribunal correctionnel de Limoges pour « apologie de crime de guerre ». Le procès en première instance eut lieu le 18 novembre 2003. Son déroulement fut scandaleux : le Président du tribunal refusa de visionner la cassette vidé et m’empêcha de développer ma défense, m’interrompant sans cesse[15]. Le 12 décembre 2003, je fus reconnu coupable d’apologie et condamné à un an de prison dont trois mois fermes, 10 000 € d’amande, avec en outre confiscation de mes archives qui avaient été saisies lors de l’instruction.

Un procès en appel eut lieu le 14 avril 2004. Cette fois, le Tribunal se comporta plus correctement (lire le compte rendu de l’audience). Mais s’il me permit de développer ma défense, il ne m’écouta pas davantage. L’arrêt rendu le 9 juin 2004 (la veille du soixantième anniversaire de la tragédie !) reprit mot pour mot des parties entières du jugement de première instance . Quant à la peine prononcée, elle fut globalement plus sévère. Allant au-delà des réquisitions du procureur, les magistrats me condamnèrent à deux ans de prison dont six mois fermes. L’amende de 10 000 € fut toutefois remplacée par 3 000 € de dommages et intérêts à verser aux trois parties civiles (Marcel Darthout, un rescapé du drame ; la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme [LICRA] et les Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation [AFMD]). Quant à la confiscation de mes archives, elle fut confirmée.

Je me suis naturellement pourvu en cassation, mais sans trop d’espoir. Mais, ô surprise, l’arrêt d’appel fut finalement cassé au motif (évident) que je ne m’étais rendu coupable d’aucune « apologie »…


Conclusion

A l’heure où j’écris ces lignes, je peux être satisfait : mes adversaires ont perdu sur toute la ligne. Judiciairement et, surtout, intellectuellement. Car en sept ans, ils ne m’ont jamais répondu. Ils n’ont jamais osé m’affronter de face. Ils ont préféré se réfugier dans les jupes des autorités. Ils n’ont cessé de demander l’interdiction brutale de mes travaux et la condamnation de leur auteur. Le 12 décembre 2003, après que m’a condamnation eût été prononcée, une certaine Camille Senon, interrogée par la télévision locale, se lamenta que je n’aie pas été immédiatement jeté en prison.

Ces réactions ne sont pas celles de gens qui disent la vérité, mais celles de menteurs inquiets. Tout ce qu’ils veulent, c’est me faire taire, et à n’importe quel prix. C’est la meilleure preuve que mes arguments inattaquables. Bien involontairement, ils ont donc assuré la promotion de mes travaux. Ce n’et pas étonnant, même le Diable porte pierre…


[1] Voy. P. Poutevin, Dans l’Enfer d’Oradour (Limoges, 1944), p. 92.


[2] Voy. Oradour-sur-Glane (collection : « Archives du Service de Recherche des Crimes ennemis en France », 1947).


[3] Interrogatoire du 7 juillet 1947, Liasse VI, cote C. 95.


[4] Voy. le « Compte rendu des événements qui se sont déroulés le samedi 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane », p. IV (consultable à la BDIC, sous la cote F pièce 3 543 Res).


[5] Voy. V. Reynouard, Le Massacre d’Oradour : un demi-siècle de mise en scène (éd. VHO, 1997), p. 76.


[6] Voy. notamment Albert Hyvernaud, Petite histoire d’Oradour-sur-Glane de la préhistoire à nos jours (1989), pp. 46-47. Voy. également V. Reynouard, op. cit., pp. 77-79.


[7] Interrogatoire du 7 juillet 1947, Liasse VI, cote C. 95.


[8] Voy. V. Reynouard, op. cit., pp. 178-180.


[9] Voy. les rapports du sous-préfet Guy Pauchou que je cite dans mon livre à la page 181. En 1945, dans son ouvrage rédigé avec P. Masfrand, ce même G. Pauchou aura l’audace de prétendre qu’Oradour était un village parfaitement tranquille.


[10] Voy. V. Reynouard, op. cit., pp. 175-178.


[11] Ibid., pp. 182-184.


[12] Ibid., pp. 115-132, 149-152, 163-168, 187-197.


[13] Voy. V. Reynouard, op. cit., p. 212.


[14] Voy. l’arrêté INTD0100584A publié au Journal officiel le 10 octobre 2001, p. 15923.


[15] Voy. Sans Concession n° 1, janvier 2004.